Angers, 2.43am …
J’avais pris mon service de nuit à 22h30, dans le foyer où je travaille, déjà attristé au plus haut point par un évènement survenu quelques heures plus tôt. Vers 2 heures du matin alors que tout le monde dort déjà à poings fermés dans les chambres du dessus, je suis assis sur le parvis de l’établissement, fumant cigarette sur cigarette tout en ressassant sombrement le début de ma soirée lorsque le bruit du portail attire mon attention.
Tiré de mes songeries, je lève un œil certainement torve et probablement pas très sociable en direction de la personne qui venait de rentrer lorsque rassuré, je constate qu’il s’agit d’une des résidentes Chinoises du foyer (nous l’appellerons R.)
R. est plutôt du genre gentille et toujours souriante. Elle fait partie des résidentes qui ne m’ont jamais posé de problèmes ici, loin s’en faut ! Ses horaires de travail quelques peu décalées, comme les miennes, en font même une compagnie très agréable, lorsque la nuit, de son français maladroit elle vient me compter sa journée : ses études de français, son travail au restaurant, ses désirs d’étudier le cinéma dans le Sud, ... et que d’un français que je simplifie et déroule au maximum pour l’aider à comprendre, je lui raconte alors la mienne, les sites web que je fabrique, les débuts de soirée entre amis avant de venir prendre ma veille de nuit ...
Nous passons souvent, comme cela, de quelques minutes à quelques heures à discuter là, de tout et de rien, mais toujours avec le sourire.
Mais cette nuit c’est différent. Déjà que moi je ne l’ai pas, le sourire, mais apparemment, ce soir, elle non plus ! Après les politesses d’usage (et Dieu sait que les Chinois sont très à cheval sur ce genre de principe, jusqu’à te dire 5 fois « bonsoir » s’ils te croisent 5 fois dans la soirée) nous entamons notre conversation habituelle mais je sens bien, malgré mon état émotionnel du moment que quelque chose ne va pas chez elle.
C’est au bout de quelques minutes qu’elle finit, un peu gênée, par me demander dans son français à elle : « Il y a beaucoup de racisme en France ? »
Là c’est moi qui doit virer au rouge pivoine avant de concéder que oui, le racisme reste un problème en France et, ajoutant comme pour me dédouaner, qu’il doit en être de même dans probablement beaucoup d’autres pays. Elle me raconte alors son histoire.
L’après midi même, profitant du peu de rayons de soleil disponibles sur Angers, elle était allé avec une amie, Chinoise également, faire un peu de shopping. A la recherche d’un parfum, elles rentrent alors dans un magasin Sephora.
Tout aurait pu se passer à merveille seulement, au bout de quelques secondes de présence, au milieux d’une boutique déjà bien remplie de monde, une personne s’avance vers elles, l’air peu commode et les prie instamment de quitter la boutique.
Surprises d’abord et, pensant n’avoir pas compris ce qu’on leur voulait, elle tentent tant bien que mal de communiquer avec la personne qui renouvelle alors sa demande de quitter les lieux ! De plus en plus étonnées d’une telle attitude, R. et son amie demandent alors pourquoi on les chasse de la sorte. La personne finit par s’expliquer et les deux comparses croient alors comprendre qu’il s’agit d’une sombre histoire de vol et de teint de peau.
La surprise commence progressivement à laisser place à la colère et, s’assurant comme elles le pouvaient qu’elles avaient bien compris ce qu’elles croyaient avoir compris, finissent par demander à parler à un responsable. Or il semble qu’à se moment là, celle-ci se trouvait déjà devant elles, du moins est-ce ce qu’elle a prétendu alors, comme pour justifier son air condescendant à l’égard des deux amies. Là, la colère est palpable et R., qui parle manifestement mieux français que son amie, tente alors d’expliquer les causes de son mécontentement à la personne en disant qu’elles ne sont pas venues voler quoique ce soit. Elle proposera même son sac à la fouille afin que la soit-disant gérante s’en assure par elle même. Rien à faire, celle-ci reste inflexible !
Elle baisse tout de même d’un ton pour apparemment s’excuser, ce qui laisse bien évidement R. et son amie perplexes, mais ne change pas sa ligne de conduite, répétant que des problèmes de vols ayant déjà eu lieu par le passé, commis par des personnes d’origine asiatique, afin d’assurer la sécurité de son magasin et de sa clientèle, elle n’accepte plus désormais de clientèle d’origine asiatique dans son magasin. Elle conclue en leur demandant une fois encore de bien vouloir quitter les lieux sans faire d’histoire.
R. n’est pas capable de me dire ce qu’il en était de la réaction des gens autour ou, si à tout hasard ceux-ci avaient conscience de ce qui était en train de se passer. Toujours est-il qu’aucun ne semble être intervenu en leur faveur et, finalement dégoutée de ce qui se tramait, R. et son amie sont finalement sorties de la boutique sans faire plus d’histoire, mais écœurées et en colère.
Je l’écoute et n’en crois pas mes oreilles. Bien sûr j’ai déjà entendu mille histoires similaires. A ma connaissance en revanche, très peu d’entre elles concernaient les populations d’origine asiatique (dans certains esprits tordus de français, bien souvent, ce sont plutôt les populations Maghrébines ou Africaines qui présentent soit disant le plus de risques à ce niveau là). L’autre point qui me surprend également beaucoup, est l’attitude ferme de la soit-disant gérante (en effet, rien ne permet aujourd’hui de prouver qu’elle était bien la gérante de cette boutique) qui, finalement consciente du fait que les deux amies n’étaient finalement pas venues la détrousser, maintient tout de même sa décision de les exclure de sa boutique sous le prétexte fallacieux de la sécurité antivol.
Ma première réaction est de me demander ce que cette « gérante » aurait fait face à des voleurs de race blanche, ou du moins pourquoi elle ne l’a pas fait. Vous imaginez ? « Non messieurs-dames, j’ai eu des vols commis par de précédents clients donc j’interdis tous les clients d’accès à ma boutique ! »
En dehors du ridicule manifeste de la situation, R. a aujourd’hui l’impression que le pays pour lequel elle a choisis de s’expatrier d’une vie chinoise pas forcément de tout repos, n’a peut être finalement plus autant à voir avec l’eldorado de tolérance et de liberté qu’elle espérait y trouver. Il faut dire aussi que peu au fait des lois françaises, elle ne savait même pas ce qu’elle pouvait légalement y faire ou du moins, vers qui se tourner. Lorsque je lui dit que oui, la France a tout de même des lois contre ce genre de personnes mais que notre Police risquerait hélas de ne pouvoir faire grand chose pour elle, elle en conclut naturellement qu’en France, s’il y a des lois, elles ne sont que pour les Français. J’avoue que je ne sais même pas quoi répondre à ça...
A cette heure, je me dis que, mis à part alerter le directeur de mon Foyer et lui suggérer de rediriger R. vers une association antiraciste telle que le MRAP (dont je sais que nous avons une antenne à Angers et dont je connais un des membres fondateurs) je ne pourrai hélas faire grand chose de plus.
Je suis véritablement écœuré de ne pouvoir que constater la connerie de mes « pairs » et, d’être le témoin attristé d’une histoire dans laquelle je ne peux finalement rien faire de plus malgré la colère qui m’envahit à présent que R. est partie se coucher et que je vous écris ces quelques lignes.
Comprenons nous bien, le but de ce long billet n’est pas de casser bêtement du sucre sur le dos de Sephora. Ce serait, non seulement suicidaire, juridiquement parlant, mais surtout parfaitement stupide ! Là, c’est bien la gérante proclamée de celui d’Angers qui, en tant qu’individu, mérite clairement la mise à l’amende. Outre son incompétence commerciale supposée, au vu des raisonnements qu’elle est capable de tenir et maintenir malgré le ridicule avéré d’une situation donnée, elle a surtout dépassé les limites de ce que je pouvais tolérer de l’intolérance (Admirez la rhétorique à 4h du matin quand même...)
Quand à la chaine de parfumerie, elle me semble difficilement blâmable dans le sens où, lorsque comme eux l’on a autant de magasins en France, et donc autant de gérants, il ne doit pas être chose aisée de tous bien les choisir. Je pense d’ailleurs, du moins ose-je l’espérer, qu’ils ne manqueraient pas de rectifier le tir s’ils savaient quel genre de personne tenait les rênes de leur marque à Angers.
A vous de vous faire votre opinion sur cette affaire, la mienne, ce soir, est tranchée : Je boycotte celui d’Angers jusqu’à nouvel ordre et continuerai de passer le mot, même si ce billet me vaut quelque pénalité, de telle sorte que peut être çà finisse par revenir aux oreilles de quelqu’un qui pourra intervenir à un niveau bien plus élevé que le mien et, remettre à la place qui est la sienne cette indélicate personne.


Vos commentaires
# Le 28 août 2009 à 11:14, par Digiboy
Déplorable comme histoire et ridicule. Je me mets à la place de R. et je ne peux que lui souhaiter de ne pas perdre espoir. Il reste une majorité de français (dont je fais partie) qui croit dur comme fer que la diversité, le mélange des cultures et la tolérance, sont des valeurs primordiales. Assures la de ma sympathie.
# Le 28 août 2009 à 14:34, par Loiseau2nuit
@Digiboy Je ne manquerai pas de lui transmettre, merci de ton commentaire.
# Le 28 août 2009 à 16:28, par Loiseau2nuit
via Twitter, on me conseille la HALDE. Si vous avez d’autres noms à me comuniquer, je suis preneur
# Le 28 août 2009 à 17:44, par shamanphenix
"afin d’assurer la sécurité de son magasin et de sa clientèle, elle n’accepte plus désormais de clientèle d’origine asiatique dans son magasin."
Non mais on est où là ?
C’est illégal, juste il-lé-gal et totalement déplorable du point de vue éthique ! Je saurais sur quelle vitrine vomir lorsque je cuverais ma vinasse un soir de fête à Angers maintenant.
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